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Santé - Médecine - Hygiène.

Vaccination… L’obligation fait débat.

 

La vaccination obligatoire a toujours soulevé les passions en France. Souhaitant clore le débat « pour ou contre », le gouvernement a rendu obligatoire 11 vaccins pour les enfants. Pourtant, des interrogations demeurent sur la pertinence de cette décision. Que Choisir vous fait un rappel.
Au moins, pour les bébés nés après le 1er jan­vier, les parents n’auront plus de questions à se poser. Sauf censure de dernière minute du Conseil constitutionnel, ça sera 11 vaccins, pas un de moins ! Sans quoi ils ne pourront pas inscrire leurs rejetons à l’école, à la crèche ou en colonie de vacances. Les enfants non vaccinés, ou qui le sont insuffisamment, resteront donc à la porte des collectivités.

En faisant voter, fin 2017, l’extension de l’obligation vaccinale, le gouvernement a marqué sa volonté de clore le débat sur une question qui, en France, n’a jamais cessé de soulever les passions. Pour preuve, à l’issue de la concertation sur les vaccins, il y a un peu plus d’un an, les deux groupes de travail ne sont pas parvenus aux mêmes conclusions. Le jury citoyen n’a pas pu se résoudre à se prononcer pour ou contre l’obligation. Partant du principe que l’obligation ne se justifie que dans un contexte d’épidémie mortelle, le jury de professionnels, lui, a pris position en faveur de sa levée, y compris pour les trois vaccins placés sous ce régime depuis des décennies. Au final, le comité d’orientation a balayé les doutes, et pris tout le monde de court en recommandant… l’élargissement de l’obligation.

En juillet dernier, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a arbitré dans le même sens. L’obligation est vendue comme transitoire, sans qu’on sache au juste quand elle prendra fin. Une décision du Conseil d’État intimant l’ordre de rendre disponibles les vaccins obligatoires a sans doute pesé dans la balance : l’État s’avérant incapable d’imposer aux laboratoires de produire et commercialiser, séparément des autres vaccins, les trois valences (partie du vaccin protégeant contre un germe unique) obligatoires, il était plus commode d’étendre l’obligation.

 

UNE COUVERTURE VACCINALE PAS SI FAIBLE

Sur le papier, c’est huit vaccins supplémentaires, mais en pratique, peu de changements pour les enfants. Les nouveaux vaccins obligatoires, comme l’hépatite B, la coqueluche ou l’Haemophilus influenzae type B, étaient la plupart du temps administrés en même temps que les trois obligatoires (diphtérie, tétanos, polio), car ils sont commercialisés en association sous forme de vaccins hexavalents. Ces vaccins à six valences sont faciles à trouver en pharmacie, contrairement à d’autres versions moins complètes (4 ou 5 valences), régulièrement en rupture de stock depuis 2015. En clair, le plus souvent, l’obligation n’augmente pas le nombre d’injections (voir encadré).

Lors de son annonce, la ministre s’est aussi justifiée par la nécessité de restaurer la confiance dans la vaccination. Car il y aurait, dans notre pays, une défiance envers les vaccins. Des sondages d’opinion vont en effet dans ce sens. Mais leur fiabilité est toujours sujette à caution. Et surtout, les chiffres de la couverture vaccinale des dernières années, tout de même plus significatifs, ne montrent pas franchement de désamour. Au contraire. Ils sont tous à la hausse, y compris pour des valences facultatives ou suscitant la méfiance comme la rougeole ou l’hépatite B. Force est de constater que la vaccination dans les familles ne cesse de progresser, jusqu’à atteindre des niveaux élevés et inédits, sans qu’il soit nécessaire de leur forcer la main. Les courbes se situent au-dessus de 95 % pour 4 vaccins, 90 % pour l’hépatite B et le pneumocoque, 80 % pour le ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et 70 % pour le méningocoque C. Une telle tendance étonnerait presque, au vu de la gestion catastrophique par les autorités sanitaires de la vaccination de masse contre la grippe H1N1 durant l’hiver 2010, finalement moins grave qu’une grippe hivernale classique. Et de celle, plus ancienne, de la vaccination contre l’hépatite B en milieu scolaire. Qui sait, sans les pénuries qui continuent de perturber la délivrance des vaccins en pharmacie, l’opinion serait-elle peut-être encore plus favorable ?

 

DE 2008 À 2012, DES VICTIMES DE LA ROUGEOLE

De la même façon, du côté des médecins, l’adhésion est forte : de l’ordre de 97 % selon une étude publiée par la Direction des études, de la recherche et de l’évaluation et des statistiques (Drees) en 2015, quelque temps après l’épisode de la grippe H1N1. Mais pour les autorités, il fallait prendre les choses en main. Pour certaines vaccinations, même s’ils augmentent, les scores actuels de couverture ne sont en effet pas suffisants. C’est le cas de la rougeole. À 24 mois, 78,8 % seulement des enfants ont reçu les deux doses du vaccin, quand 95 % seraient, en théorie du moins, nécessaires pour bouter cette maladie infantile hors de France. L’épidémie de 2008-2012, qui a frappé essentiellement le Sud-Est, ne prouve-t-elle pas que la population se trouve toujours à la merci de flambées régulières ? Partie d’écoles de la Fraternité-Saint-Pie-X, communauté catholique intégriste réfractaire à la vaccination, la maladie s’est propagée dans la région Rhône-Alpes, là où les enfants sont les moins vaccinés, avant de toucher l’Alsace en bout de course. « En Ardèche, le canton des Vans a été le plus atteint. Lors de mes recherches, la collusion entre l’État et les laboratoires, les effets indésirables de l’aluminium, la foi dans l’immunité naturelle et la liberté de choix étaient les principaux arguments contre la vaccination », explique Lucie Guimier, chercheuse en géopolitique de la santé. Résultat des courses : en France, 24 000 cas officiellement déclarés, sans doute le double en réalité, 1 000 pneumonies, plus de 30 encéphalites rougeoleuses et 10 décès, peut-être 15. Pour Daniel Lévy-Bruhl, responsable des vaccinations à Santé Publique France, l’organisme chargé de surveiller les maladies infectieuses, « tant que la vaccination ne progresse pas, une nouvelle épidémie de rougeole est possible ».

 

LA CONTRAINTE ÉTAIT-ELLE NÉCESSAIRE ?

Fallait-il pour autant user de la contrainte ? « Même si ce n’est intellectuellement pas satisfaisant, elle est nécessaire », note Daniel Lévy-Bruhl. Le raisonnement est simple : les valences obligatoires recueillant les taux de vaccination les plus élevés, l’obligation est donc la solution. Serge Gilberg, médecin généraliste et professeur de médecine générale, en doute. Reprenant l’exemple de la rougeole, il note que le tableau n’est pas aussi catastrophique qu’on le dit : « En 2015, les chiffres montrent, c’est vrai, une vaccination insuffisante des bébés ; mais il y a un rattrapage avec l’âge : les enfants de 6 ans sont plus vaccinés, et à 11 ans, la couverture à 2 doses atteint 93,2 %. » On n’est pas très loin du compte. Même s’il est probable que ce taux soit une réaction à l’épidémie récente, c’est toujours ça de pris. Et il montre qu’il est possible d’avancer sans forcer. D’ailleurs, dans les pays voisins de la France, l’obligation n’a quasiment pas cours, sauf en Italie, et la couverture vaccinale est bonne, culminant à des niveaux élevés.

Il faut aussi souligner que la rougeole, moteur de la bascule vers l’obligation, est un cas à part. C’est une maladie très contagieuse, qui touche les enfants ; la vaccination fait automatiquement baisser son incidence et ses séquelles graves. Son impact positif est simple à démontrer. Pour d’autres vaccins, la mécanique de la protection individuelle et collective n’est pas aussi linéaire. Il ne suffit pas de vacciner pour faire automatiquement reculer la maladie. Dans un texte appelant les députés à refuser l’extension de l’obligation, plusieurs médecins généralistes pointent le cas de l’hépatite B, qui ne concerne pas les enfants ; celui du méningocoque C, si rare qu’il ne constitue pas une préoccupation de santé publique ; enfin, celui du pneumocoque, pour lequel le vaccin a facilité l’émergence de souches plus dangereuses, ce qui a nécessité un vaccin plus puissant ! (voir les trois exemples détaillés ici.) Dans ces cas-là, la pertinence des vaccins ne relevant pas de l’évidence, l’obligation vacille sur ses fondements.

Autre inconvénient, l’obligation tend à faire passer au second plan les autres vaccinations, ou encore les rappels. Or les morts du tétanos, une maladie redoutable qui ne sera jamais éradiquée, se recrutent précisément parmi des personnes âgées ayant oublié de faire leurs rappels. La levée de toute obligation aurait eu le mérite de mettre tous les vaccins, à différents âges de la vie, sur le même plan. Et de ramener le débat sur l’utilité de chaque vaccin dans notre société.

 

LES NOUVELLES RÈGLES DE LA VACCINATION

Qui est concerné par l’obligation ?

Tous les enfants jusqu’à 2 ans hors contre-indication (allergie à un composant du vaccin, immunodépression…). L’obligation n’étant pas rétroactive, les enfants nés avant le 1er janvier 2018 ne sont pas concernés mais les recommandations actuelles restent valables.

Le calendrier vaccinal change-t-il ?

Non, c’est le même qu’en 2017. Il est consultable sur le site vaccinationinfoservice.fr édité par Santé publique France.

Combien d’injections pour les bébés ?

Il y a 5 rendez-vous, pour 10 injections, entre 0 et 2 ans. À 2 mois (2 injections : hexavalent (1) et pneumocoque), à 4 ou 5 mois (3 injections : méningocoque C et 2e dose d’hexavalent et de pneumocoque), à 11 mois (2 injections : hexavalent et pneumocoque en rappel), à 12 mois (2 injections : ROR (2) et méningocoque C en rappel) et enfin à 16 ou 18 mois (1 injection : ROR en rappel). Enfin, des rappels sont nécessaires pour ­diphtérie, tétanos, polio et coqueluche à 6 ans puis à 11-13 ans.

Combien ça coûte ?

Selon nos calculs basés sur des relevés de prix en pharmacie, le coût total des vaccins obligatoires jusqu’à 2 ans atteint 364,34 €. Les vaccins étant remboursés à 100 % pour le ROR et 65 % pour les autres, vous débourserez 217 € avec la carte Vitale, le reste étant pris en charge en totalité par les mutuelles.

Quelles sont les sanctions ?

La sanction pénale pour refus de vaccination, qui prévoyait jusqu’à présent jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 € d’amende pour les parents réfractaires, a été supprimée. Sans vaccination en règle, les enfants ne pourront toutefois pas être mis en collectivité et scolarisés, sauf contre-indication médicale à la vaccination. Les certificats de contre-indication devront être propres à des vaccinations précises et non généraux ou absolus car il n’existe pas de contre-indication médicale à l’ensemble des vaccinations, précise le ministère de la Santé. Quant aux médecins qui délivreraient un certificat de complaisance, ils s’exposent à des sanctions pénales pour « faux et usage de faux », soit 3 ans de prison et 45 000 € d’amende, et à une radiation de l’Ordre. Enfin, un enfant ayant développé un handicap lié à un manque de vaccination pourra poursuivre pénalement ses parents.

Vu sur : https://www.quechoisir.org/  

(1) Diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, hépatite B – Haemophilus influenzae type B (Infanrix hexa ou Hexyon).
(2) Rougeole, oreillons, rubéole (Priorix ou M-M-RVAXPRO).