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ARNAQUES – UN FLEAU FLORISSANT.

Les arnaques, suite et sûrement pas fin, tant leur nombre explose actuellement. En octobre Que Choisir a publié un focus sur les fraudes en ligne et sur les moyens de paiement, dopées par la pandémie de Covid-19.

Le confinement et les diverses restrictions de circulation ont en effet donné des ailes aux cybercriminels, alors que leurs victimes effectuaient davantage d’opérations numériques (achats, virements…), sans pour autant être plus vigilantes.

Parus en novembre, les premiers résultats de notre vaste enquête « Arnaques en tout genre », menée auprès d’un échantillon représentatif de la population (lire l’encadré), révélaient que, plus d’une fois sur deux, l’escroquerie avait été commise en ligne. Parallèlement, nous avions interrogé des abonnés à la newsletter de Que Choisir pour leur demander si, à la suite d’une fraude aux moyens de paiement, leur banque les avait remboursés intégralement. La réponse était négative dans 38 % des cas.

Ce mois-ci, nous allons plus loin. Qu’elles aient eu pour origine Internet, un démarchage, des travaux à domicile ou une commande d’article, notre objectif est de tracer un contour plus précis de ces arnaques qui empoisonnent la vie des Français. Un « portrait-robot » a été dressé grâce à l’exploitation de la deuxième salve de données collectées lors de notre enquête. On apprend alors qu’au cours des 12 derniers mois, 19 % des répondants ont subi en moyenne deux arnaques ; près d’un Français sur cinq, c’est loin d’être anecdotique !

 

Qui sont les escrocs ?  

Les réponses obtenues auprès des sondés montrent que, dans 41 % des situations, l’abus était l’œuvre d’une entreprise plus ou moins identifiée, plus ou moins réelle. Mais les particuliers ne sont pas en reste. Ils sont à l’origine d’une escroquerie dans près d’un quart des cas (23 %) ! Un quart (26 %, exactement), c’est également la proportion de victimes bien en peine de déterminer qui est la source de « leurs malheurs » (auteur inconnu, en quelque sorte). Le reste des arnaques, soit 10 %, est commis par des réseaux criminels, c’est-à-dire des chaînes bien organisées ; par exemple, quand on vous fait miroiter des placements financiers très rentables mais totalement bidon.

 

Quels sont les secteurs ciblés ?

À chaque catégorie d’arnaqueurs, ses spécialités. Du côté des sociétés, la plupart du temps, les produits sont défectueux ou ne sont pas livrés, les prestations, pas ou mal réalisées (deux tiers des situations) : cela concerne des commandes passées sur Internet, des travaux de rénovation, des interventions d’urgence (serrurerie, plomberie…), etc. Sans surprise, le terrain d’action privilégié des « particuliers escrocs », c’est la petite annonce publiée sur des sites tels que Leboncoin.fr. Les articles – souvent des meubles, des produits électroménagers ou high-tech – ne sont jamais remis aux acheteurs. Et pour cause, ils n’existent pas. Quant aux réseaux criminels, ils tentent essentiellement de voler vos données personnelles (coordonnées bancaires, entre autres). Comment les obtiennent-ils ? E-mail semblant émaner d’un service public, participation à un jeu-concours fictif, piratage de carte de paiement… Ou utilisation d’une méthode plus ancienne comme le vol de relevés bancaires papier. Ce qui permet ensuite de faire des virements depuis le compte de la victime. Au total, le détournement des données personnelles et les opérations bancaires frauduleuses ont, selon notre enquête, touché 32 % des personnes interrogées.

Comment les aigrefins agissent-ils ?

Si Internet est donc, plus d’une fois sur deux, la porte d’entrée privilégiée pour harponner des particuliers, le démarchage (téléphonique, par SMS ou à domicile) demeure une voie très prisée : 12 % des situations décrites par les répondants à notre sondage. Et, s’il y a un secteur particulièrement actif en la matière, c’est bien celui de la rénovation du logement ! Isolation à 1 €, installation de panneaux photovoltaïques, de portes et de fenêtres… les filous s’en donnent à cœur joie. Cela étant, quand l’arnaque a pour origine un démarchage, le secteur de la banque/assurance n’est pas oublié des aigrefins : près de 2 fois sur 10 ! En cause notamment, les souscriptions de force (sans le consentement explicite du consommateur) à une complémentaire santé après un simple appel téléphonique. Une pratique désormais interdite, le client devant bénéficier d’un délai de réflexion. Une fois mis bout à bout, tout cet argent détourné représente un bénéfice considérable pour la « corporation » des escrocs. Du côté des victimes, et d’après notre étude, le préjudice moyen s’élève à 918 € lorsqu’il a pu être totalement remboursé (par la banque, en général). À 808 € si cela n’a pas été le cas. En valeur absolue, les montants frauduleusement obtenus déclarés par notre échantillon représentatif variaient de 10 € à 24 000 €. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas un record non plus ! Dans plusieurs affaires portées à la connaissance de Que Choisir, des particuliers ont pu perdre jusqu’à 100 000 €. Sans aucun espoir de les récupérer un jour.

 

Les Français et les arnaques, la suite !

Le mois dernier, nous sortions une première série de chiffres issus de notre enquête, réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1 006 personnes. Ils étaient centrés sur les fraudes en ligne (elles concentrent 55 % des cas déclarés par nos répondants). Ce mois-ci, et toujours à partir de cette étude, nous publions des données plus générales sur les arnaques et autres escroqueries qui touchent les Français.

  • 19 %des Français ont été victimes d’au moins une fraude ces 12 derniers mois.
  • 41 %des arnaques sont le fait d’une entreprise plus ou moins bien identifiée, plus ou moins réelle.
  • 32 % de produits non livrés ou de prestations non effectuées ; c’est l’escroquerie la plus fréquente.
  • 26 %des abus liés à un démarchage concernaient la rénovation du logement.

 

Arnaques – Comment éviter les pièges

Pour vous protéger des escrocs, vous devez prendre quelques précautions. Voici nos recommandations.

Les victimes d’une arnaque se demandent souvent comment elles ont pu se faire avoir. Que Choisir s’est donné pour mission de vous prévenir et de vous sensibiliser, encore et encore, afin de vous aider à déjouer les pièges des escrocs.

Un mécanisme bien rodé pour ferrer la proie

Réussir une arnaque, c’est une subtile alchimie : établir un scénario simple ou, au contraire, sophistiqué et bien huilé, exercer une emprise psychologique sur sa proie, jouer sur l’urgence ou la peur, voire… menacer. Et ne croyez pas que seules les personnes âgées ou en situation de faiblesse tombent dans le piège. Tout le monde est concerné, comme le montrent les divers témoignages adressés régulièrement à Que Choisir. Parfois, la victime joue même un rôle actif. Elle pèche par naïveté et/ou appât du gain. Et en oublie les vérifications minimales qui s’imposent. Une fois le doigt mis dans l’engrenage, difficile de faire machine arrière. Dans les escroqueries aux placements financiers, par exemple, il n’est pas rare que la personne ferrée continue à verser des sommes non négligeables, alors même que plusieurs signaux d’alerte s’étaient allumés et qu’elle sentait que quelque chose clochait…

Ce qui doit mettre la puce à l’oreille

Certaines arnaques sont si bien échafaudées qu’il est dur de les esquiver. Mais, le plus souvent, elles montrent des failles. Aussi, appliquez cette règle d’or : fuyez les propositions par trop alléchantes. On vous promet des gains faramineux si vous investissez dans des diamants, des places de parking, des cryptomonnaies ou des timbres ? On vous assure que vous rentabiliserez très vite l’installation de panneaux photovoltaïques ? Balivernes ! Ne donnez surtout pas suite, quand bien même la présentation des supports (brochure, site Internet…) semble professionnelle, les discours, clairs et complets. Ne répondez pas, non plus, aux e-mails qui ont l’air d’émaner d’organismes publics (Allocations familiales, Impôts…) et qui vous annoncent un remboursement contre communication de vos coordonnées bancaires. Rappelez-vous : ces services ne procèdent jamais de la sorte. Il y a aussi les éternelles escroqueries au dépannage à domicile : en cas d’urgence, ne composez surtout pas le numéro de téléphone inscrit sur un prospectus glissé dans votre boîte aux lettres. Si vous avez laissé vos clés à l’intérieur et qu’il est tard, mieux vaut passer une nuit à l’hôtel et attendre le lendemain pour contacter un serrurier sérieux du quartier. Il vous prendra de 80 € à 150 €, là où un dépanneur appelé en urgence défoncera inutilement votre serrure… avant de vous soumettre une facture pouvant atteindre 3 000 € !

 

Porter plainte, oui mais…

D’après notre sondage sur les arnaques, 67 % des victimes n’ont pas jugé utile de déposer plainte auprès des services de police ou de gendarmerie. Si la honte de s’être fait avoir en dissuade certaines, beaucoup s’abstiennent parce qu’elles considèrent que cela… ne sert à rien.

L’argent qui leur a été volé par ruse ne sera jamais récupéré, les malfaiteurs, jamais appréhendés. Elles n’ont pas tout à fait tort. En novembre 2019, lors d’une rencontre avec la presse sur le thème des escroqueries financières, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, le reconnaissait à demi-mot. Dossiers chronophages, réseaux avec ramifications dans plusieurs pays, fonds détournés partis à l’étranger, entraide judiciaire internationale limitée… ces enquêtes tournent souvent court. Une fois les dégâts constatés, et pour éviter que cela ne recommence, la victime d’une fraude ne doit toutefois pas rester les bras croisés. Prévenir sa banque et lui demander un éventuel remboursement lorsque l’escroc s’est servi sur son compte (prélèvement, débit ou virement frauduleux), changer ses divers mots de passe si l’arnaque est le fruit d’un piratage d’ordinateur, alerter, via les réseaux sociaux, les autres consommateurs, etc., autant d’actions à mener une fois le mal fait.

Arnaud de Blauwe –  Que Choisir.org